À Gênes, le pesto se fait dans un mortier en marbre blanc, avec un pilon en bois d’olivier ou de buis. Ce n’est pas du folklore : c’est de la chimie. Le pilon ne tranche pas les feuilles de basilic, il les écrase. Les cellules éclatent progressivement et libèrent leurs huiles essentielles sans que la température monte. Le marbre, frais et lourd, absorbe la chaleur des mains et reste stable.
Le mixeur, lui, fait l’inverse. Ses lames tournent à grande vitesse, coupent les feuilles au lieu de les broyer et chauffent par friction. Résultat : une oxydation accélérée, une couleur qui vire au vert sombre en quelques minutes, parfois une amertume due à l’huile d’olive fouettée trop fort. La texture change aussi : le pesto au mortier est légèrement grainé, avec des fragments de pignons et de fromage perceptibles ; le pesto mixé devient une purée homogène.
Le geste clé est rotatif et non vertical : on fait tourner le pilon contre les parois du mortier, en poussant les feuilles vers le fond, plutôt que de frapper. On travaille par petites quantités, on ne passe à la poignée suivante que lorsque la précédente a rendu son jus vert. Compter une vingtaine de minutes pour une sauce pour quatre : c’est le prix d’un pesto qui sent réellement le basilic.
Faute de mortier, un mixeur reste utilisable avec quelques précautions : bol et lames passés au réfrigérateur, basilic bien sec, impulsions courtes plutôt qu’un mixage continu, fromages incorporés à la cuillère à la fin. On obtient un pesto correct — pas tout à fait celui de Gênes, mais loin des versions industrielles.