D'où vient le mot « mortadella » ? Personne ne peut le dire avec certitude, et il serait malhonnête de présenter l'une des explications comme établie. Deux hypothèses dominent. La première rattache le nom au latin mortarium, le mortier (mortaio en italien) : avant les hachoirs mécaniques, la viande était pilée au mortier pour obtenir cette pâte si fine. Le nom décrirait donc une technique.
La seconde hypothèse invoque la myrte (myrtus), une baie aromatique utilisée par les Romains pour parfumer certaines préparations de viande, désignées par des termes proches de myrtatum. Le nom décrirait alors un assaisonnement. Les deux pistes sont plausibles, aucune n'est prouvée ; elles ont en tout cas le mérite de rappeler que l'idée d'une viande finement broyée et épicée est très ancienne.
Bologne s'impose dès la Renaissance comme la capitale de la charcuterie, au point d'être surnommée la Grassa, « la grasse ». Les charcutiers y sont organisés en corporation, l'Arte dei Salaroli, qui veille à la qualité de leurs produits. La mortadelle est alors un produit de prestige, plus cher que bien d'autres charcuteries.
En 1661, un bando, c'est-à-dire un édit, signé par le cardinal Girolamo Farnèse, légat pontifical à Bologne, fixe les règles de fabrication de la mortadelle. On le présente souvent comme l'un des premiers « cahiers des charges » alimentaires de l'histoire : il encadre la viande utilisée et protège le savoir-faire bolonais contre les imitations. Cette date est la plus solide de l'histoire de la mortadelle, et c'est elle que l'on retient pour situer sa codification.
Trois siècles plus tard, l'Union européenne reconnaît en 1998 l'Indication géographique protégée Mortadella Bologna. Le cahier des charges impose une viande exclusivement porcine, du gras de gorge en cubes, une liste restreinte d'ingrédients et d'additifs autorisés, et une cuisson à l'air sec. Il précise aussi l'aspect attendu : une couleur rose vif, des lardons nets, un parfum intense et légèrement épicé.
Fait souvent méconnu : malgré son nom, l'IGP ne se limite pas à la ville de Bologne. Sa zone de production couvre plusieurs régions du centre et du nord de l'Italie, avec l'Émilie-Romagne pour cœur historique, mais aussi la Lombardie, le Piémont, la Vénétie, la Toscane, les Marches, le Latium et la province de Trente. Ce qui est protégé, c'est une méthode et un résultat, plus qu'un code postal.